11/01/2004

Concert Privé

EXPOSITION


*** CONCERT PRIVE ... ***


trois textes
de
Jean-Paul Flament

éditions des
Permanences Poétiques
1974

17:43 Écrit par J.-P. Flament | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Impressions de Musique de Chambre

EXPOSITION


IMPRESSIONS DE MUSIQUE DE CHAMBRE







17:42 Écrit par J.-P. Flament | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Impressions de Musique de Chambre

Le quatuor aux mouvements de négations a des tics superbes qui accompagnent ses suites dansantes.

Le violon a des déhanchements réguliers qui versent la tête vers la partition et des reculs brusques qui soutiennent son archet.

Les yeux brillants du violon basse s'arrondissent à suivre les mesures et sa face d'artiste barbu a des hoquets qui avalent les notes reçues.

Le jeune violon basse imberbe qui l'accompagne a les mêmes oscillements du chef avec les lèvres pincées de l'amateur conscient d'avoir bien suivi la partition.

Le clavecin a l'air sévère d'un maître d'école. Il relève les sourcils par-dessus les verres de lunettes et pince le nez sur le clavier en hoquetant du menton.

Le front plissé sous des mouvements de concentration chopiniens, il compte les accords comme une horloge les heures puis, relève brusquement le dos d'un air conquérant avec le sourire satisfait ...

Quand l'adolescent s'essaya au duo de violon, il y eut des effets de miroir ... L'alto gardait le visage fermé d'une héroïne cornélienne. Le jeunot réclamait la confiance qui lui échappait du bout de la chanterelle.

Les cordes vibraient cependant d'un chant parallèle et la femme et l'enfant rivalisaient de compagnie pour le plaisir des yeux et de l'ouïe, pendant que le violon basse ruminait je ne sais quelle cantate avec des mouvements de lèvres aux appétits consciencieux.

Le public échauffé applaudit. Le professeur rougit, l'adolescent s'éclipsa pour changer d'instrument, le barbu écarquilla ses yeux blancs et le violon brilla dans l'attitude d'une tragédienne.

17:42 Écrit par J.-P. Flament | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Le Vampire

EXPOSITION


LE VAMPIRE







une gravure
de
Maia DAMADIAN

17:38 Écrit par J.-P. Flament | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Le Vampire

L'occasion fait le larron, dit-on. Dans une salle de concert, les rangées de sièges disposés en quinconce empêchent de tels événements, avortent même les desseins les plus démoniaques. C'est pour cette raison que vous ne rencontrerez le personnage en question qu'en salon privé des soirs de galas.

Rassurez-vous, l'homme est de bonne mise. Sitôt vous le rencontrez dans le vestibule qu'il vous présente son épouse, fraîche et parfumée. Votre œil attendri s'arrête un instant sur son visage ouvert, vous le trouvez beau garçon. Quelques mots de sa part vous le révèlent spirituel et plein d'allant : vous voilà mordue.

Quelques œillades circonspectes électrisent votre intimité et vous vous trouvez ravie quand, est-ce un fait exprès, le couple s'en vient s'asseoir derrière vous.

Le noir vous enveloppe et l'interprète paraît, salué par ies encouragements polis d'une première entrée.

Dès ce moment, vous vous applaudissez d'avoir retenu votre place à ce récital qui ne vous emballait pas de prime abord.

Vous jubilez d'avoir brillé aux yeux de cet homme, pius éciatante que l'amie qui vous accompagnait.

Au ras du cou, vous sentez le col monté de votre robe se nouer et peser pareil à un étau, et le lent déshabillement de votre nuque par ces deux yeux rivés vous parait interminable.

Sous les aisselles, votre buste vous enserre d'un carcan et vous étouffe. Vous devinez la respiration de votre voisin dans votre dos. Pour mieux percevoir la tiédeur de son souffle, vous vous adossez au fond du siège et le dèsir insoutenable vous affleure les pores.

Vous voilà éprise.

Le premier morceau s'achève dans une ovation qui confirme le brio de l'interprétation.

De la musique, point d'oreille : à vos sensations, vous en faites un décor et les applaudissements qui se multiplient sont autant de crispations qui vous étreignent.

L'instrument reprend sa nostalgie. Vous vous y plongez avec délices et l'espoir secret d'y retrouver vos amours perdues.

Ah ! Ce baiser discret qui vous brûle le cou ! Ce frisson ressenti et cette langueur qui vous parcourt le corps tout entier !

Vous voilà réduite.

Ne vous en faites pas une fête. Trop content d'une liaison si brève, l'homme se promet déjà de changer de place avec sa femme, après l'entracte et lorgne avec intérêt le décolleté de votre amie...

17:37 Écrit par J.-P. Flament | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Libertine

EXPOSITION


LIBERTINE







17:35 Écrit par J.-P. Flament | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Libertine

Adolescent qui aimez la musique, ne vous laissez pas tomber au piège de conventionnels concerts de chambre où vos yeux plus que l'oreille frisent l'inconsciente volupté des sens.

Vous y venez pour goûter l'interprétation d'un compositeur que vous appréciez.

Pour garder contenance dans un milieu qui vous reste inconnu, vous amenez un ou deux compagnons.

On vous introduit dans un salon chauffé apprêté pour la circonstance en salle de spectacle. Le parterre fleurit déjà de toilettes désinvoltes. Vous voilà sitôt installé, le temps écourte votre conversation et presse l'instrumentiste à commencer.

Les quelques bravos qui l'accueillent lui rendent l'applomb et le libèrent du trac.

Les lustres éteints, seuls les projecteurs jettent les pleins feux sur le musicien. La salle est petite. Les lampes braquées arrondissent leur éclat sur les spectateurs des premiers rangs.

La chevelure blonde d'une femme attire votre attention et vous restez tout yeux pour la créature. La musique à l'instant n'a plus raison d'être ou tant soit peu permet de créer l'atmosphère d'envoûtement dans laquelle vous baignez.

C'est l'enivrement du pastel de sa robe qui vous enrobe les sens d'un imaginaire frou-frou, délicate sensation de possession sensorielle, et vous dérobe tout entier à l'ennui stoïque d'une suite de contrepoints.

Vous vous baptisez d'une onde de luxure qui ne garde du tempo que les accords mourants d'une bergerie intime.

La musique elle aussi a ses démons et votre oreille si petite soit-elle est un admirable cornet de tentations.

Les notes intimes, langoureuses glissent sur la parure de votre idylle, caressent le cou fragile qui s'offre au baiser, dessinent le décolleté qui respire la beauté, à petits souffles d'un cœur envahi de rêves.

Le vilain frisson trop strident à votre gré qui vous fait couler le regard depuis le corsage jusqu'au bas de la robe, découvrant le genou dépouillé à souhait dans un gaspillage froufroutant de nylon.

Et cette jambe, relevée, quasi-nue dans l'indécence tamisée du bas, retient un bref instant la volupté d'un désir.

Le rythme accéléré d'une finale vous délivre de l'hypnose. Vous retrouvez le grand diable d'artiste au milieu d'un halo d'applaudissements.

L'apparition s'esquive dans les coulisses. La salle reparaît dans cette lumière maussade qui n'est plus celle du spectacle, ni du rêve.

Vous cherchez la fille fleur qui vous avait charmé.

Elle se lève dans un sourire qui éclaire son visage auréolé d'or.

Et se retournant, elle sourit ... elle sourit à sa compagne au cheveu ras, aux lèvres minces, aux yeux gris ...

16:49 Écrit par J.-P. Flament | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |