11/01/2004

Libertine

Adolescent qui aimez la musique, ne vous laissez pas tomber au piège de conventionnels concerts de chambre où vos yeux plus que l'oreille frisent l'inconsciente volupté des sens.

Vous y venez pour goûter l'interprétation d'un compositeur que vous appréciez.

Pour garder contenance dans un milieu qui vous reste inconnu, vous amenez un ou deux compagnons.

On vous introduit dans un salon chauffé apprêté pour la circonstance en salle de spectacle. Le parterre fleurit déjà de toilettes désinvoltes. Vous voilà sitôt installé, le temps écourte votre conversation et presse l'instrumentiste à commencer.

Les quelques bravos qui l'accueillent lui rendent l'applomb et le libèrent du trac.

Les lustres éteints, seuls les projecteurs jettent les pleins feux sur le musicien. La salle est petite. Les lampes braquées arrondissent leur éclat sur les spectateurs des premiers rangs.

La chevelure blonde d'une femme attire votre attention et vous restez tout yeux pour la créature. La musique à l'instant n'a plus raison d'être ou tant soit peu permet de créer l'atmosphère d'envoûtement dans laquelle vous baignez.

C'est l'enivrement du pastel de sa robe qui vous enrobe les sens d'un imaginaire frou-frou, délicate sensation de possession sensorielle, et vous dérobe tout entier à l'ennui stoïque d'une suite de contrepoints.

Vous vous baptisez d'une onde de luxure qui ne garde du tempo que les accords mourants d'une bergerie intime.

La musique elle aussi a ses démons et votre oreille si petite soit-elle est un admirable cornet de tentations.

Les notes intimes, langoureuses glissent sur la parure de votre idylle, caressent le cou fragile qui s'offre au baiser, dessinent le décolleté qui respire la beauté, à petits souffles d'un cœur envahi de rêves.

Le vilain frisson trop strident à votre gré qui vous fait couler le regard depuis le corsage jusqu'au bas de la robe, découvrant le genou dépouillé à souhait dans un gaspillage froufroutant de nylon.

Et cette jambe, relevée, quasi-nue dans l'indécence tamisée du bas, retient un bref instant la volupté d'un désir.

Le rythme accéléré d'une finale vous délivre de l'hypnose. Vous retrouvez le grand diable d'artiste au milieu d'un halo d'applaudissements.

L'apparition s'esquive dans les coulisses. La salle reparaît dans cette lumière maussade qui n'est plus celle du spectacle, ni du rêve.

Vous cherchez la fille fleur qui vous avait charmé.

Elle se lève dans un sourire qui éclaire son visage auréolé d'or.

Et se retournant, elle sourit ... elle sourit à sa compagne au cheveu ras, aux lèvres minces, aux yeux gris ...

16:49 Écrit par J.-P. Flament | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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